Chapitre 00Prologue
Qui est le Moshiach ?
Le Moshiach n’est pas l’interruption de la création. Il est la création devenant consciente de la raison de son existence.
Ce que fait le Moshiach est connu et précisé halakhiquement. Qui il est va plus loin. Ce site commence à cette seconde question et y demeure.
Presque tout ce qu’on dit couramment du Moshiach est la description d’un travail. Il rassemble les exilés. Il bâtit le Beit HaMikdach. Il restaure l’observance de la Torah et la royauté davidique. Il conduit le monde à la paix. Le Rambam expose cela avec la sécheresse d’un code juridique, et cette sécheresse est le point : l’affirmation messianique porte sur l’histoire, vérifiable dans l’histoire, et n’est pas une humeur.
Mais la description d’un travail n’est pas la description d’une personne. Une biographie de tâches dit à quoi quelqu’un a servi. Elle ne dit pas qui se tenait là. Et les sources — Tanakh, Hazal, le Zohar, et surtout les maamarim hassidiques qui les lisent — s’intéressent manifestement à la seconde question.
Ce qu’il fait est connu. Qui il est va plus loin.
La réponse qu’elles donnent est assez étrange pour être énoncée lentement. Le Moshiach est un être humain. Il naît, il étudie, il mange, il dort, il est fatigué, il décide, il peut se tromper de route et avoir raison sur une génération. Il descend de David par une lignée qu’on pourrait en principe écrire sur papier. Rien en lui n’est surnaturel au sens d’appartenir à un autre ordre d’être.
Et c’est précisément cet être humain qui se tient à l’égard du Saint, béni soit-Il, dans une relation que la Torah décrit par le mot le plus intime que possède un vocabulaire d’alliance — fils. Non pas fils au sens d’essence partagée. Fils au sens d’élection, d’héritage, de proximité, d’obéissance, et d’un lien si total que la volonté du roi et la volonté du Roi ne sont pas deux projets.
Deux axes, un homme
Toute l’architecture de ce site tient à la tenue simultanée de deux directions. D’en haut : appel de l’alliance, Rouah Hachem, filiation, nomination. D’en bas : poussière, corps, histoire, pierre, une famille, une ville. Ces deux axes ne sont pas en tension dans le Moshiach. Ils s’y rencontrent, et le point de rencontre est le mot melekh — roi. Un roi est exactement la figure en qui un mandat d’en haut devient un agencement de rues en bas.
כִּי־מָלְאָה הָאָרֶץ דֵּעָה אֶת־ה׳ כַּמַּיִם לַיָּם מְכַסִּיםCar la terre sera remplie de la connaissance de Hachem comme les eaux couvrent la mer.
Non de l’eau versée sur quelque chose, mais de l’eau là où l’eau est simplement ce qu’il y a.
Car la terre sera remplie de la connaissance de Hachem comme les eaux couvrent la mer.
Non de l’eau versée sur quelque chose, mais de l’eau là où l’eau est simplement ce qu’il y a.
Remarquez ce que l’aboutissement n’est pas. Ce n’est pas que tous pensent constamment au Moshiach. C’est que la terre est remplie de la connaissance de Hachem. L’ère messianique ne se mesure pas à l’attention portée au Messie. Elle se mesure à la part du réel devenue transparente à sa Source. Le Moshiach réussit quand le monde n’a plus besoin qu’il désigne.
La rédemption comme reconnaissance
C’est pourquoi la guéoula se décrit mieux comme reconnaissance que comme sauvetage. Le monde n’est pas brisé au sens d’être mal bâti. Il est bâti exactement comme voulu, et il n’a pas encore compris l’intention. Le galout n’est pas d’abord une condition politique ; c’est une condition où la finalité est illisible depuis l’intérieur de la chose qui a cette finalité.
Le Moshiach n’ajoute pas une finalité nouvelle. Il n’importe pas un sens venu d’ailleurs. Il rend lisible le sens qui était toujours là — d’abord dans la Torah, puis dans la royauté, puis dans un bâtiment, puis dans une civilisation, et enfin dans la vie ordinaire, qui était la cible depuis le début.
וְהָיָה ה׳ לְמֶלֶךְ עַל־כׇּל־הָאָרֶץ בַּיּוֹם הַהוּא יִהְיֶה ה׳ אֶחָד וּשְׁמוֹ אֶחָדHachem sera Roi sur toute la terre ; en ce jour Hachem sera Un et Son Nom Un.
Hachem est Un maintenant. Ce qui change, c’est le Nom — l’accès du monde à ce qui n’a jamais été divisé.
Hachem sera Roi sur toute la terre ; en ce jour Hachem sera Un et Son Nom Un.
Hachem est Un maintenant. Ce qui change, c’est le Nom — l’accès du monde à ce qui n’a jamais été divisé.
Hachem ne devient pas Un ce jour-là. Hachem est Un maintenant et ne l’a jamais pas été. Ce qui change, c’est la capacité du monde à percevoir ce qui n’a jamais été divisé. Tel est le secret entier du Moshiach, et les cinquante chapitres qui suivent n’en sont que le déploiement.
